Jouer la harpe autrement : au-delà de la partition

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On apprend la harpe avec une partition.



Très tôt, tout passe par là.
Lire. Suivre. Reproduire.

C’est une base.
Une structure.



Mais à un moment, ça ne suffit plus.



Ce qui me limitait le plus, au départ, c’était mon rapport à la partition.

Le fait de devoir la suivre.
De ne pas pouvoir jouer librement sans elle.

Ce n’est pas une question d’exécution.
Mais il y avait quelque chose de fixé à l’avance.

Et ça créait un vrai conflit.

Parce qu’au fond, la partition est un outil.
Un outil de travail, de transmission.
Une manière d’entrer dans l’univers d’un compositeur.

Mais la musique ne commence pas là.


Après, quelque chose a changé.

J’ai commencé à jouer du jazz.
À exprimer des ressentis à travers une même mélodie, chaque fois différemment.

La même mélodie devient autre chose.
Un nouveau monde.
Une nouvelle idée.

Et pourtant, ce sont les mêmes notes.

C’est ça que je trouve fort.

D’une certaine manière, ça existe aussi dans la musique classique.
Mais ici, il y a un autre rapport au moment.

Bien sûr, il y a des règles.
Dans le jazz, dans la musique moderne.



Mais improviser, ou simplement jouer sans la partition, c’est là que la musique commence vraiment.


Elle se développe. Elle crée quelque chose et transmet.

Aujourd’hui, je joue la harpe d’une façon que le conservatoire ne m’a pas apprise.

J’ai eu une formation entièrement classique.
Au Conservatoire supérieur de Sofia, en Bulgarie, dans la tradition de l’école russe.

Puis en France, dans une autre tradition.

Tout cela m’a donné des outils, une rigueur, une connaissance profonde de l’instrument.

Mais dans un cadre précis.

Quand je suis entrée dans le jazz et les musiques actuelles, il a fallu chercher ailleurs.

Trouver mes propres outils.

Et forcément, sortir de certains codes.

Pas pour les rejeter.
Mais pour aller plus loin.

Le rythme devient central.
Il faut être à l’aise, être en place, sentir le mouvement.

Le son change aussi.
Il dépend du geste, du toucher, de la manière de jouer.
Et des effets que l’on choisit.

Parfois, il faut adapter la technique.
Changer certaines positions.

C’est là que la recherche commence.

Et pour moi, c’est ça, jouer la harpe autrement.

Un espace ouvert.
Un champ libre pour créer, composer, arranger.

Se lancer des défis.
Se dépasser.

Et continuer à chercher.

Toujours.

Pour moi, c’est important que la musique évolue.

Parce qu’on vit dans une époque et qu’il faut faire vivre son instrument dans les musiques de son temps.

C’est comme ça que j’ai trouvé mon chemin.

Un endroit où je me sens plus libre et plus juste.

Toujours en recherche.Toujours en création.

Avec cette envie de faire du bien à travers la musique.

Je crois que l’art peut toucher, transformer.

Et pour ça, il doit rester vivant.

S’adresser au public d’aujourd’hui.

Pour moi, c’est ça, jouer la harpe autrement.

Prendre ce que j’ai appris la musique classique, baroque
et le faire évoluer vers un langage d’aujourd’hui.

Rossitza Milevska
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