Le jour où j’ai compris que la partition ne suffisait plus
Un jour, on m’a dit : “Fais un solo sur les 8 prochaines mesures. Comme tu es musicienne classique, tu dois savoir comment faire !”
Et là, le silence. Pas un silence musical, un vrai vide intérieur. Je me suis retrouvée face à un dilemme : soit reconnaître que je n’avais aucune idée de ce qu’on me demandait, soit tenter quelque chose… sans comprendre les règles du jeu.
J’avais beau être très bien formée en classique : lire une partition sans difficulté, jouer avec d’autres instruments, suivre le chef d’orchestre au millimètre, relever des morceaux à l’oreille… Mais personne ne m’avait jamais appris à improviser.
Je me sentais perdue. Pourtant, je savais que cela existait : j’avais entendu parler du jazz, de l’improvisation, mais jamais dans mes cours de harpe on ne m’avait dit comment on fait.
Ce qu’on ne m’a pas appris en classique… mais que j’ai découvert ensuite
J’ai mis du temps à comprendre que oui, il y a des règles en improvisation, comme dans tout langage musical. J’ai commencé à écouter les grands musiciens, relever leurs solos, observer comment ils construisent, transforment un thème.
Mais quand il a fallu improviser en vrai, devant d’autres musiciens… tout ce que j’avais appris, je ne savais pas encore comment l’utiliser.
Alors j’ai construit ma propre méthode : un mélange de mon bagage classique, de mon oreille, de mes recherches et de beaucoup d’essais-erreurs. Aujourd’hui, que ce soit dans mes vidéos tutorielles ou mes lives sur le groupe Pop and Jazz Harp, chaque idée part d’une expérience vécue, d’une leçon tirée sur le chemin.
Pourquoi la transition classique – jazz et impro semble si difficile
Ce passage est souvent mal compris – ou ignoré.
Voici pourquoi c’est compliqué (mais pas impossible) :
– Rares sont les enseignants capables de guider cette transition, car ce sont deux cultures musicales différentes, et pourtant… elles peuvent se compléter merveilleusement.
– On pense que le système classique n’apprend que la reproduction, pas la création. Mais c’est faux ! Nous sommes déjà des interprètes créatifs, grâce à toutes les heures passées à décortiquer des œuvres de Bach ou Ravel.
Ce qui manque ? Un pont, un traducteur. Et c’est là que j’interviens aujourd’hui, après avoir vécu les deux côtés.
Quand on sort du classique pour s’ouvrir au jazz ou à l’improvisation, on ne doit rien renier. Au contraire : on peut transformer ses connaissances, les valoriser dans un autre langage.
Et même si le jazz ou les MAA utilisent des “codes”, on connaît déjà beaucoup de choses sans le savoir.
Il suffit de les voir autrement.
Jouer sans partition, c’est possible… et libérateur !
Apprendre un morceau par cœur, ce n’est pas improviser. Improviser, c’est jouer ici et maintenant, sans support, en t’écoutant jouer.
Et cette liberté peut faire peur. Surtout quand, comme moi, on a été habituée à jouer exactement ce qui est écrit.
Mais imagine : à chaque nouvelle interprétation d’un thème, tu peux le transformer, le colorer différemment.
Tu peux oser jouer quelque chose d’unique, de personnel, et exprimer tes émotions directement à travers ton instrument.
Oui, ça semble impossible au départ. Mais avec la harpe, c’est encore plus magique, car on a cette palette immense, ces résonances, ce potentiel expressif… qu’il suffit juste de réveiller.
Les 3 vérités que j’aurais aimé entendre avant d’improviser
Ce n’est pas un manque de talent. C’est un changement de culture.
1. Improviser n’est pas réservé à une élite. C’est juste une autre manière d’aborder la musique. Lors de mon premier atelier jazz, malgré toutes mes années d’études, je me sentais illégitime. Mais j’ai compris que j’étais juste… en train d’apprendre un nouveau langage.
2. Ton oreille devient ton instrument principal.
Dans le classique, on suit la partition. En jazz et en MAA (Musiques Actuelles Amplifiées) , c’est ton oreille qui guide tes doigts. Ce basculement est difficile mais libérateur. Il faut apprendre à écouter activement, repérer des formes, des rythmes, des harmonies.
3. Ton groove est unique – ne le copie pas, cultive-le.
Le groove, ce n’est pas simplement “jouer funky”. C’est ressentir le temps, incarner un rythme, habiter une pulsation. Ce lien entre le geste, l’écoute et l’expression est souvent absent de la formation classique. Pourtant, c’est un élément fondamental dans les musiques actuelles et le jazz.
On peut et on doit s’inspirer des grands musiciens. Des guitaristes comme Joe Pass pour leur phrasé, des pianistes comme Bill Evans pour leur finesse harmonique, mais aussi de harpistes jazz pionnières, comme Dorothy Ashby et Alice Coltrane. Elles nous rappellent que la harpe a toute sa place dans les musiques vivantes et créatives.
Mon approche : un pont entre les mondes
Dans mon enseignement, je ne renie pas mon parcours classique. Je m’appuie dessus pour proposer une pédagogie hybride, ouverte, accessible.
Le fait que je joue du piano, que je chante, enrichit mon rapport à la musique, à la composition, à l’improvisation. Et tout cela, je le transmets dans mes stages, mes accompagnements, mes vidéos.
Pour progresser, il faut continuer à écouter, analyser, s’inspirer. Comme on le faisait en classique avant de jouer une œuvre avec orchestre.
Et aujourd’hui, grâce à des artistes comme Park Stickney, on sait que la harpe peut sonner comme une guitare ou comme un piano… et bien plus encore.
Tout est possible.
3 outils concrets pour commencer à improviser à la harpe
1. Chanter ce que tu joues. Même doucement. Cela développe l’oreille et la connexion immédiate avec ton instrument.
2. Créer des boucles simples. Une basse, un accord, une pulsation. Et improviser dessus avec peu de notes.
3. Copier un musicien que tu aimes. Relever quelques mesures, et les adapter à ta harpe.
Pour aller plus loin ensemble
C’est pour toutes ces raisons que j’ai créé le groupe Facebook Pop and Jazz Harp, un espace bienveillant pour poser des questions, échanger et se soutenir.
J’organise aussi des stages, en ligne ou en présentiel, pour travailler en profondeur sur l’improvisation, le rythme, le groove et l’expression musicale à la harpe.
Si tu veux recevoir mes ressources, infos de stage et inspirations musicales, abonne-toi à ma newsletter (voir le formulaire un peu plus bas de cette page).
Et surtout, je te pose cette question : Qu’as-tu découvert, toi, en osant sortir du cadre écrit ?
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